Article de Xavier Claret

Le procès de prisonniers politiques catalans se déroule depuis le 12 février. D’ores et déjà au vu de ce qui a été entendu tout au long de ces premières cessions, Il semble assez difficile de contester qu’ il n’ a pas été possible à l’ accusation de prouver ni la « rébellion », ni la « sédition » ni la « malversation ». Ceci dans un procès où un parti d’extrême droite VOX qui « veut en finir avec l’ État des autonomies », est partie accusatrice contre des démocrates.

Par contre ce sont bien des droits fondamentaux, celui d’expression, d’ association, et de participation politique et bien sûr le droit à l’ autodétermination qui sont régulièrement mis en question par l’ accusation. La référence par le procureur à des « murailles humaines qui se lançaient contre les forces de sécurité » le 1-0 montre bien la volonté de criminaliser tout droit à la protestation et résistance non violentes. La faiblesse et les contradictions tant des procureurs que de l’ avocat de l’ État ont provoqué de nouvelles interventions du Roi, non élu,  mettant encore une fois en évidence l’absence d’indépendance de la justice d’un état Monarchique hérité du franquisme.

En fait il apparaît que ce qui est en jeu c’est: d’un coté la défense et l’ extension de droits et de libertés fondamentales pour décider du futur de l’autre la « raison d’État » s’ élevant au dessus de ces droits, avec comme menace de plus en plus concrète celle de l’ imposition indéfinie de l’article 155 en Catalogne c’est à dire d’un état d’exception.

Toutes les déclarations des prisonniers montrent que leur combat est pacifique, pour la liberté d’expression, pour la démocratie et pour l’exercice de droits humains fondamentaux comme celui du droit à l’autodétermination reconnu y compris par l’ONU.

Nous reproduisons ici quelques moments clés de la déclaration de Jordi Cuixart, Président de l’association “Omnium Cultural” crée en 1961 (sous la dictature de Franco). L’interrogatoire a duré plus de 4 heures. Quatre heures de déclarations de Jordi Cuixart d’une intensité et d’une force remarquables. On peut la trouver dans son intégralité en langue castillane sous le lien suivant: https://www.youtube.com/watch?v=qaRe_8xfDYk.

Jordi Cuixart pendant l’interrogatoir au Tribunal Supremo, Madrid.

En préambule Jordi Cuixart a déclaré qu’il ne répondra qu’aux questions du procureur Général et de ses défenseurs, affirmant ainsi qu’il refusera de répondre aux éventuelles questions du parti fasciste VOX qui est partie civile et demande 75 ans de prison contre certains prisonniers, l’État en demande 25.

La faiblesse et les contradictions tant des procureurs que de l’ avocat de l’ État ont provoqué de nouvelles interventionsdu Roi, non élu,  mettant encore une fois en évidence l’absence d’indépendance de la justice d’un état Monarchique hérité du franquisme.

Aux questions du procureur sur l’association “Omnium Cultural” dont il est président, Jordi Cuixart annonce les 140000 adhérents qui en font la plus importante association culturelle de l’état Espagnol et probablement d’Europe. Son but est de promouvoir la langue Catalane, sans se positionner sur les sujets politiques mais en créant du consensus et de la cohésion sociale, en particulier sur la question migratoire puisque la grande majorité de la population de Catalogne est originaire d’ailleurs.

A la question du procureur est-ce que l’association Omnium soutenait le projet indépendantiste, Cuixart répond que son association est “éminemment indépendantiste en ce sens qu’elle est toujours restée centrée sur le droit à l’autodétermination”. “J’ai un sentiment républicain et je suis certain qu’on ne juge pas ici mes sentiments républicains…”.

Le procureur l’interroge sur une série de décrets n°19, 1, 5, 263 les lois n° 19, 20… du gouvernement catalan suspendus par le tribunal constitutionnel. Il convient de fixer un cadre, répond Jordi Cuixart,

« Je suis un prisonnier politique, je ne suis pas un politique prisonnier. Je n’ai pas l’information en profondeur pour répondre si tel n° de décret a été suspendu et tel autre non… Bien sûr je sais que le tribunal constitutionnel a suspendu le référendum d’autodétermination de la Catalogne. »

Jordi Cuixart est questionné sur un email qu’il a écrit où il parle d’augmenter la conflictualité dans la rue et de créer un “tsunami”.

« Oui je suis pour un « tsunami » démocratique. Les sociétés luttent pour être toujours plus démocratiques, plus ouvertes, plus transversales, plus coopératives. Afin de trouver des vraies solutions aux problèmes et aux besoins des citoyens. Il y a actuellement en Catalogne et sur l’ensemble de l’état Espagnol, 23% des personnes en risque d’exclusion sociale. Nous ne pouvons diminuer ce chiffre qu’avec plus de démocratie. Je ne vois pas en quoi c’est condamnable et en quoi je devrais me rétracter! Au contraire, Oui! Oui! Nous voulons plus de démocratie. Qu’on appelle ça “tsunami” ou comme vous voulez. Nous ne renoncerons jamais. Nous parlons de démocratie et de l’exercice de droits fondamentaux.« 

Jordi Cuixart dénonce la fermeture des pages Web de l’association, avant le référendum,  par la garde civil sans aucun ordre judiciaire. Comme ça s’est fait en Turquie.

« Saviez vous que le référendum du 1-O a été interdit par le tribunal Constitutionnel? Et que le référendum était illégal? », demande le procureur.

« Oui. Nous étions confrontés à un dilemme: entre la suspension par le Tribunal Constitutionnel et la défense de droits fondamentaux. Que personne ne doute, Omnium se rangera toujours du coté des droits fondamentaux. Nous le ferons toujours de façon pacifique mais avec courage et dignité. Dans ce pays, je parle de l’Espagne il a fallu beaucoup lutter pour la préservation de droits fondamentaux Et comme le disait Marcellino Camacho » (dirigeant syndicaliste emprisonné pendant de longues années sous la dictature de Franco) : « le droit de grève se gagne en faisant grève, le droit de manifester se gagne en manifestant. » et j’ajoute le droit de voter en Catalogne se gagne en votant. « 

Le procureur lui rappelle des déclarations qu’il a faites devant le juge d’instruction.

« J’ai fait ces déclarations dans un contexte émotionnel devant la violence de l’emprisonnement. Ma priorité était de sortir de prison. Ma priorité maintenant n’est pas de sortir de prison. Je suis un prisonnier politique. Ma priorité aujourd’hui est de dénoncer la violation des droits et des libertés en Catalogne et en Espagne. »

Jordi Cuixart est interrogé sur le slogan “No Passaran” (traduction de l’espagnol: « vous ne passerez pas ») qui figure dans l’acte d’accusation et dans les PV de la garde civil. Jordi Cuixart explique: c’est extrait d’un poème d’Apel·les Mestres, un poète Catalan qui dit ceci:

“ Vous ne passerez pas,

et si vous passez,

quand nous aurons tous cessé de vivre,

vous saurez, largement,

à quel prix on abat un peuple digne et libre,

il n’y aura rien de plus,

quoique vous fassiez,

vous ne passerez pas. ”

Extrait du poème « La cançó dels invadits » d’Apel·les Mestres (*)

(*)

(*) L’un de ses poèmes les plus connus d’Apel·les Mestres, qu’il a écrit contre l’invasion de la Belgique pendant la Première Guerre Mondiale.

Le poème est devenu l’hymne des volontaires alliés catalans et de la résistance française. À la suite, Mestres a été distingué en tant que chevalier de la Légion d’Honneur et récompensé par les Palmes Académiques de France.

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